Certes, il n’y a plus rien à découvrir sur Terre depuis les Colomb, Magellan et autres Marco Polo. Reste l’espace, l’univers, dont on n’est pas près d’avoir fait le tour. Le temps des grandes découvertes n’est donc pas révolu. Celui des découvreurs, c’est moins sûr. Car si l’odyssée de l’espace alimentera toujours l’imaginaire du commun des mortels, les conquêtes du futur seront forcément des entreprises collectives, des exploits technologiques plus qu’humains, des superproductions hollywoodiennes à la mise en scène soignée…
C’est peut-être pour cela que les aventures d’un Jean-Louis Etienne ont quelque chose d’unique. Le natif de Vielmur dans le Tarn, qui voulait devenir menuisier, est avant tout un manuel, un bricoleur de talent.
Il a ainsi dessiné ou construit lui-même la plupart de ses embarcations : de son traîneau avec lequel il a été le premier à rejoindre à pied le pôle Nord en solitaire en 1986, à la nacelle du ballon avec lequel il vient de survoler l’arctique, en passant par Antartica, cette goélette avec laquelle il s’est laissé prendre dans les glaces du pôle Sud. Derrière ses défis, qui l’ont amené à parcourir les contrées les plus inhospitalières du globe, se trouve d’abord l’histoire d’un homme et, n’ayons pas peur des mots, un destin.
À 63 ans, Jean- Louis Etienne vient de boucler trente ans d’expéditions. Mais avant de devenir le héros de sa propre histoire, on sait moins qu’il a joué pendant longtemps les seconds rôles auprès de grands noms de la voile comme Eric Tabarly ou Alain Colas qui l’ont accueilli sur leur bateau en tant que médecin de bord.
Ce métier de médecin, il l’a exercé pendant plus de 15 années comme généraliste remplaçant dans la campagne tarnaise, après avoir été un temps interne des hôpitaux de Toulouse. Mais déjà à cette époque, et l’examen de son curriculum vitae le prouve, son goût de l’aventure était son moteur principal. Ce n’est pas un hasard s’il a été l’un des premiers à s’intéresser à la nutrition en milieu hostile, ce qui lui a offert un véritable passeport pour ses premières expéditions dans l’Himalaya, au Groenland ou en Patagonie.
Ce n’est qu’en 1986, qu’il trouve le moyen de se donner le rôle principal en devenant le premier homme à rallier le pôle Nord à pied et en solitaire au terme de 63 jours de marche parfois par moins 50 degrés.
Mais à la différence de Steve Fosset, l’homme d’affaires américain décédé en 2007 après avoir établi 116 records dans cinq disciplines différentes, ce n’est pas grâce au Guiness Book qu’il espère laisser une trace. Ce ne sont pas les records qui l’intéressent, mais l’excitation des premières fois. Avec, toujours la nature comme partenaire à conquérir.
En 30 ans, il a appris à la connaître, à faire avec elle plutôt qu’à la maîtriser, se faisant le témoin privilégié de ce qui la menace. Chacune de ses dernières expéditions a été une occasion de l’ausculter. À cette légitimité du « chercheur de terrain » comme il se définit lui-même, s’ajoute un talent certain pour raconter des histoires, les siennes et partant, celles de dame nature. Alerter l’opinion sur le réchauffement climatique est devenu sa mission.
Et il le fait plutôt bien :
« Le réchauffement climatique peut
être comparé à celui du corps humain.
La Terre s’est réchauffée de 0,8°
au cours du siècle dernier. Quand le
corps humain monte à 37,8 ° c’est
qu’il couve quelque chose. S’il atteint
39° c’est qu’il est malade. C’est la
même chose pour la planète et nous
ne pouvons pas attendre qu’elle tombe
vraiment malade car nous ne savons
pas la soigner ».
Le 14 janvier dernier, Jean-Louis Etienne présidait la première réunion du Conseil scientifique de l’Observatoire pyrénéen du changement climatique qui rassemble des experts de différentes disciplines (climat, économie, énergies, agriculture…).
Créé par la Région Midi-Pyrénées dans le cadre de la Communauté de Travail des Pyrénées*, cet organisme a pour objectif de rassembler toutes les données scientifiques concernant la chaîne des Pyrénées, afin de déterminer les zones et les activités qui seront les plus affectées par le changement climatique et de préparer ainsi la meilleure adaptation possible.
Plus d’infos : www.CTP.org
* Structure réunissant la Principauté d’Andorre et Régions françaises et Espagnoles frontalières du massif des Pyrénées)