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Johnny Cleg La victoire de l’engagement

Pour sa 16e édition, le grand festival toulousain Rio Loco a invité en juin dernier – Coupe du monde de football oblige – près de trois cents artistes d’Afrique du Sud dans la ville rose pour un mois de concerts, d’expositions et de spectacles en tous genres. A quelques jours de la finale dans son pays du plus grand événement sportif planétaire, Johnny Clegg, invité vedette du festival de musiques du monde, chanteur engagé et figure emblématique dans les années 80 de la lutte contre l’Apartheid a accordé à cette occasion une interview à Midi- Pyrénées Info.

Région Midi-Pyrénées Johnny Clegg durant les
préparatifs de Rio Loco, à
Toulouse en juin dernier.
Johnny Clegg durant les préparatifs de Rio Loco, à Toulouse en juin dernier.

Vous venez très régulièrement chanter en France. Comment expliquez-vous votre succès auprès du public français ?

Il y a la musique bien sûr, ce mélange typique de sonorités celtique, rock et zoulou qui fait mon univers. Mais il y a aussi je crois une histoire particulière entre les Français et moi. Lorsque j’ai débarqué en France en 1987 avec ma chanson Asimbonanga, les Français ont découvert l’histoire du prisonnier Mandela et de son combat pour la fin de l’Apartheid dans notre pays. Cette chanson, est devenue très vite numéro un des ventes alors qu’il y avait chez vous un contexte politique particulier. L’extrême droite faisait son entrée au parlement et SOS Racisme venait de voir le jour. Je me souviens de ces mains jaunes « Touche pas à mon pote ». Avec mon groupe Savuka nous sommes arrivés avec un message très fort. Nous ne faisions de la propagande pour personne. Nous nous contentions de dire que ce qui se passait chez nous en Afrique du Sud était mal, que nous voulions un autre pays, un autre ordre. Beaucoup de Français se sont retrouvés derrière ce message universel.

Où étiez-vous le jour de la libération de Mandela le 11 février 1990 ?

J’étais à Milan pour un concert. Tout est allé très vite. Un commentateur de la Rai Uno, la télé italienne, est venu m’annoncer la nouvelle. Je me suis retrouvé sur le plateau TV et j’ai vu Mandela libre. C’était incroyable. On ne s’y attendait pas du tout. Mais ensuite avec du recul, j’ai compris que la libération de Mandela était liée à la chute du mur de Berlin trois mois plus tôt. Jusqu’alors, la communauté internationale et plus précisément le bloc de l’Ouest fermait un peu les yeux sur ce qui se passait en Afrique du Sud même si officiellement notre pays était sous embargo militaire des Nations Unis et sous embargo économique de plusieurs pays. A l’époque, il suffisait d’être anti-communiste pour qu’on vous fiche relativement la paix. Après la chute du mur, les grandes nations ont mis davantage la pression sur notre gouvernement. La tension est montée d’un cran et le cours de l’histoire de mon pays a changé.

Aviez-vous conscience de l’Apartheid lorsque vous étiez enfant ?

Pas du tout ! J’ai grandi au Zimbabwe jusqu’à l’âge de sept ans puis ma famille et moi avons déménagé deux ans en Afrique du Sud avant de partir à nouveau à l’étranger, en Zambie. Dans ce dernier pays - démocratique et sans ségrégation - j’étais entouré d’enfants et de professeurs noirs. J’ai le souvenir de formidables moments en Zambie. Lorsque nous sommes retournés vivre en Afrique du Sud, je n’étais alors pas en mesure de comprendre ce qui se passait. A 14 ans, j’ai rencontré un musicien des rues. Il était noir et sa guitare était accordée d’une façon très spéciale que je ne connaissais pas. C’était une révélation musicale pour moi. Il m’a emmené dans un quartier zoulou de Johannesburg et j’ai découvert la culture tribale. Ma mère était divorcée à l’époque, j’étais un jeune garçon et les zoulous représentaient un symbole masculin très fort. Je voulais être un Zoulou. C’est devenu mon but, mon combat ; ça m’a coûté pas mal d’ennuis avec la police et avec ma famille à l’exception de ma mère, une chanteuse qui me disait « moi je voulais être Ella Fitzgerald, alors si toi tu veux être zoulou, c’est cool, ça me va ».

Vingt ans après la fin de l’Apartheid où en est l’Afrique du Sud ?

Mandela nous a légué une nation unie seulement sur un plan politique et symbolique. Le défi pour l’Afrique du Sud aujourd’hui est de trouver une traduction de ce symbole dans la réalité économique. Beaucoup de noirs travaillent dans le secteur public contrôlé par l’Etat mais ils sont encore largement minoritaires dans le secteur privé détenu à 80 % par les blancs. De ce côté tout reste donc à faire. Une dernière question, spéciale Coupe du monde : Les téléspectateurs semblent très peu sensibles à la musicalité de vos vuvuzelas et vous ? Je suis d’accord avec eux. Ça me rend dingue !