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L’Université en Midi-Pyrénées

Région Midi-Pyrénées - Etudiants de licence en cours de latin dans l’amphitheatre Marsan de l’université de Lettres, en avril 1964. © Collection particulière
Etudiants de licence en cours de latin dans l’amphitheatre Marsan de l’université de Lettres, en avril 1964.
© Collection particulière

“Paris pour voir, Lyon pour avoir,
Bordeaux pour dispendre*
Et Toulouse pour apprendre.”

*dépenser
Au XVIe siècle, l’université toulousaine connaît l’une de ses périodes les plus fastes et sa réputation, comme en témoigne ce quatrain anonyme, n’est déjà plus à faire dans l’ensemble du royaume de France et même au-delà. On y vient de toute l’Europe, pour se former au Droit principalement. L’histoire de l’université de Toulouse, aujourd’hui la deuxième de France par le nombre d’étudiants qui la fréquentent (110 000), commence pourtant bien plus tôt. Et dans des circonstances très particulières liées au contexte politique de l’époque…

Région Midi-Pyrénées - L’arche du Mirail : d’ici 2015, c’est tout le site universitaire du Mirail qui sera reconstruit dans le cadre du contrat de projet Etat-Région. © Jean-Jacques Ader
L’arche du Mirail : d’ici 2015, c’est tout le site universitaire du Mirail qui sera reconstruit dans le cadre du contrat de projet Etat-Région.
© Jean-Jacques Ader

L’université de Toulouse est créée le 12 avril 1229. C’est la deuxième plus ancienne de France et l’une des dix plus anciennes d’Europe. Que l’on dispose d’une date aussi précise peut surprendre. Ce n’est pas le cas par exemple pour la Sorbonne de Paris. On sait seulement que l’université fondée par Robert de Sorbon fonctionnait déjà quand la création de celle de Toulouse est en quelque sorte « décrétée ». C’est en effet par une décision royale, le traité de Meaux-Paris, que le comte de Toulouse Raimond VII se voit imposer d’entretenir pendant 10 ans quatorze maîtres : quatre en Théologie, deux en Droit canonique (édicté par le Pape), six en Arts libéraux (Logique et Philosophie) et deux en Grammaire.

L’université pour ramener Toulouse dans le giron de l’Eglise

Le reste du document est d’une tout autre importance historique puisqu’il marque la fin de la croisade engagée contre les cathares soutenus par Raimond VII. Ce dernier a également du accepter que sa fille épouse le frère du roi. Le compte à rebours qui mène le comté de Toulouse à son rattachement à la couronne vient de s’enclencher. L’annexion sera effective en 1271. On comprend donc que Raimond VII ne se soit pas montré d’un enthousiasme débordant au sujet de l’université. A l’instar de la population toulousaine qui perçoit cette manoeuvre, à juste titre comme un moyen de ramener Toulouse dans le double giron de la papauté et de la royauté. Les premiers professeurs qui arrivent à Toulouse, - à la faveur d’une grève de la Sorbonne - repartiront d’ailleurs assez vite, leurs salaires n’étant pas versés par Raimond VII. Ils seront remplacés par des dominicains, ceux-là même qui représentent à Toulouse l’Inquisition. Ils abandonneront aussi leurs postes à la suite d’émeutes populaires. Ce n’est qu’à la fin du XIIIe siècle que l’université prend véritablement son essor. Des quatre facultés (Théologie, Médecine, Arts et Droit), c’est celle de Droit qui acquiert rapidement une réputation d’excellence. Les juristes qui en sortent diplômés sont appelés à de hautes fonctions dans tout le Languedoc, et auprès de la papauté installée à cette époque en Avignon. Des rangs de l’université toulousaine sont issus plusieurs papes, dont Innocent VI (1352-1362) qui relancera au cours de son pontificat la faculté de théologie toulousaine. Quelques années plus tard, le transfert des reliques de saint Thomas d’Aquin consacre le retour de Toulouse dans l’orthodoxie papale.

Une cohabitation difficile avec la population

A cette époque, le quartier universitaire se situe autour de Saint-Sernin. Les étudiants trouvent le gîte et le couvert dans des collèges gérés par le clergé local. Ils sont facilement identifiables par la population grâce à leur vêtement caractéristique : une robe longue. Mais la cohabitation entre étudiants et les habitants du bourg connaît parfois de graves tensions. Les étudiants sont placés sous la juridiction du Pape et non des capitouls toulousains. Ils jouissent en plus d’avantages fiscaux de par ce statut à part. En 1332, Aymery Bérenger, un jeune étudiant ou le serviteur d’un étudiant (les sources divergent),

Région Midi-Pyrénées - Dans les années 1960, la salle capitulaire du couvent des Cordeliers, rue des Lois, servait de restaurant universitaire. © CROUS Toulouse
Dans les années 1960, la salle capitulaire du couvent des Cordeliers, rue des Lois, servait de restaurant universitaire.
© CROUS Toulouse

poignarde et tue un des capitouls de Toulouse. Il est arrêté dès le lendemain, condamné à mort et exécuté. Les étudiants en appellent au pape et au roi pour obtenir réparation. L’affaire prend des proportions énormes et deux ans plus tard, le parlement de Paris prononce la suppression de la municipalité et retire aux capitouls le pouvoir d’administrer la ville. Ils le reprendront six mois plus tard moyennant le paiement d’une forte amende mais le pouvoir royal a encore un peu plus « marqué son territoire ».

Le XVIe siècle est celui de la renaissance de l’université toulousaine et de la ville. La culture du pastel dans le Lauragais voisin provoque un boom économique sans précédent. La ville se transforme, de splendides hôtels particuliers sont construits comme celui d’Assézat. Il accueille encore aujourd’hui l’académie des jeux floraux, la plus ancienne société savante de France (1323), qui abandonne en 1513 la langue d’oc au profit du français. L’université se développe elle aussi, attire notamment beaucoup d’Espagnols et devient un passage obligé des pérégrinations estudiantines de l’époque.

Région Midi-Pyrénées Réalisation : Octobre 2019 - Mission SIG / IGN
Réalisation : Octobre 2019 - Mission SIG / IGN

Une Région universitaire

Entre 1229 et aujourd’hui, l’université s’est développée, bien sûr, mais elle s’est également diffusée sur tout le territoire de la région. Dans les années 1990-2010, la carte de l’enseignement supérieur en Midi-Pyrénées a profondément évolué. Alors que presque toute l’offre universitaire était auparavant concentrée sur Toulouse, 10 nouveaux sites universitaires répartis sur l’ensemble du territoire régional sont nés au cours de cette période. Qu’il s’agisse d’antennes des universités toulousaines, d’IU T, ou de grandes écoles d’ingénieurs comme l’école des Mines de Carmaux-Albi créée en 1992, ces implantations ont permis de dynamiser des territoires tout entier. Ce mouvement de déconcentration aura aussi permis d’offrir à des étudiants issus de familles aux revenus modestes la possibilité de poursuivre des études supérieures près de chez eux, en économisant notamment les frais de logement.




La révolution supprime les universités

C’est ce périple qui amène Pantagruel, le personnage de Rabelais à y faire un bref séjour avant de fuir devant les violences des guerres de religion. « Il s’en vint à Toulouse, où il apprit fort bien à danser et à jouer de l’épée à deux mains selon l’usage des étudiants de ladite université, mais il n’y demeura guère quand il vit qu’ils faisaient brûler leurs professeurs tout vifs comme harengs saurs. » (Pantagruel, 1532, chapitre V). En 1598, date de la proclamation de l’Edit de Nantes qui autorise le culte protestant, une faculté de théologie protestante est fondée à Montauban. Elle fermera à sa révocation pour rouvrir sous Napoléon, et fonctionnera jusqu’en 1918. Toulouse est encore au XVIIe siècle la deuxième université du royaume par ses effectifs, mais un certain laisser-aller qui tourne parfois à la corruption gangrène toutes les universités du pays. Il faudra attendre le règne du Roi Soleil pour qu’un peu d’ordre soit mis dans ce domaine. Dans la région, cela a pour conséquence la réunion en 1751 de l’université de Toulouse et de celle de Cahors qui avait été créée en 1331-1332 par le cadurcien Jean XXII. L’université lotoise fut jugée comme l’un des pires exemples de la décadence des universités françaises.
La Révolution supprime les universités « sur tout le territoire de la République » le 15 septembre 1793. Des initiatives privées pour la plupart font vivoter l’enseignement supérieur jusqu’à Napoléon qui refonde l’université toulousaine.

Région Midi-Pyrénées - La bibliothèque universitaire de l’Université Paul-Sabatier a été rouverte en début d’année après d’importants travaux de rénovation. © Jean-Noel Herranz
La bibliothèque universitaire de l’Université Paul-Sabatier a été rouverte en début d’année après d’importants travaux de rénovation.
© Jean-Noel Herranz

La rénovation des campus se poursuit

La Région Midi-Pyrénées finance plusieurs opérations sur les campus de tout le territoire régional. Au Mirail, le 2ème bâtiment de l’UFR de Langues sera livré fin 2011 alors que la reconstruction du restaurant universitaire est en cours (livraison janvier 2013). A l’Université Toulouse 1 Capitole, la construction de l’école d’économie de Toulouse (TSE) est sur le point de démarrer tandis qu’à Paul Sabatier, après la bibliothèque universitaire, c’est celle dédiée à la santé qui va être rénovée. Hors de Toulouse, le campus d’Albi va être rénové, et la rénovation des locaux de l’IUFM de Cahors est également envisagée.

Le début du XXe siècle est un tournant pour l’enseignement supérieur régional. C’est à ce moment-là que la vocation scientifique et technique de Toulouse commence à s’affirmer, notamment grâce à l’engagement de Paul Sabatier qui obtiendra le prix Nobel de Chimie en 1912. Plusieurs instituts voient le jour : Chimie (1906), Electrotechnique (1907), Agriculture (1909), Etudes méridionales (1913)… Les effectifs augmentent alors sensiblement. Entre la période napoléonienne et le début du XXe siècle ils passent de 493 juristes à 850, de 30 à la faculté de lettres à 250. Cette augmentation continuera jusqu’à l’explosion de 1968 : 4 600 en Droit et économie et 9 500 en Lettres.

L’éclatement de l’université en 1968

Les faculté de Médecine, de Pharmacie et de Sciences déménagent alors à Rangueil sur le premier campus construit en France sur le modèle américain, et en partie à Purpan. Le Droit s’étend sur les terrains de l’ancien arsenal en centre ville. Quant aux Lettres, les démarches sont engagées dès 1965 pour préparer son déménagement vers le nouveau quartier du Mirail. Au début des années 1970, les facultés toulousaines disparaissent au profit de trois universités éclatés : Toulouse I (Droit), Toulouse II le Mirail (Lettres et Sciences humaines) et Toulouse III (Sciences et Médecine), plus connue sous le nom de Paul- Sabatier. Dans les années 1960 naît également l’Ecole nationale d’ingénieurs de Tarbes. Un autre mouvement va marquer l’enseignement supérieur et l’économie de la région : le transfert dans l’agglomération toulousaine au cours de ces mêmes années 1960 de la plupart des écoles et institutions de recherche du secteur aéronautique et de l’espace.
Il faudra attendre la création du PRES Université de Toulouse (Pôle de Recherche et d’Enseignement Supérieur) près de 40 ans après l’éclatement des universités toulousaines pour que l’enseignement supérieur retrouve une coordination sur l’ensemble de la région Midi-Pyrénées. Avec ses 4 universités toulousaines, et ses 11 établissements d’enseignements supérieurs répartis sur tout le territoire, le Press Université de Toulouse étend également son action aux sites situés hors de l’agglomération toulousaine comme le CUFR Champollion (Albi, Castres, Rodez, Figeac) et le Centre universitaire Tarbes-Pyrénées. C’est grâce à cette unité, au soutien des collectivités locales et à la qualité du projet bâti par le PRES Université de Toulouse que la candidature de l’Université de Toulouse a été retenue dans le cadre du Plan Campus. L’objectif : donner à l’université un rayonnement européen. La cohérence et l’unité des établissements d’enseignement supérieur s’affirment aujourd’hui avec encore plus de force dans les projets d’Investissements d’Avenir.

Région Midi-Pyrénées - Le LAPMA, un des laboratoires de l’université Paul Sabatier, membre de l’Institut des Sciences du Cerveau de Toulouse. © Philippe Grollier
Le LAPMA, un des laboratoires de l’université Paul Sabatier, membre de l’Institut des Sciences du Cerveau de Toulouse.
© Philippe Grollier

Une démarche qui n’est pas sans rappeler celle de Jean Jaurès alors adjoint au maire de Toulouse chargé des affaires scolaires et universitaires s’adressant au président de la République Sadi Carnot venu inaugurer la faculté de Médecine en 1892 : « Nous attendons avec confiance la loi qui doit organiser les universités et donner à l’enseignement supérieur cette unité extérieure et visible qui manifeste et achève l’unité intérieure. Nous avons rempli et au-delà les conditions les plus strictes marquées par elle.(…) Vous voyez tous nos efforts, vous devinez nos espérances. » Près de 800 ans après sa création, l’université fait partie intégrante de la région et contribue grandement à son dynamisme notamment sur le plan économique grâce à son potentiel de recherche, l’un des plus importants du pays. Avec ses 6520 chercheurs rien que dans le secteur public, ses écoles d’ingénieur, les laboratoires privés qui s’appuient sur cette ressource… la région Midi-Pyrénées est aujourd’hui en France celle qui consacre la plus grande part de son PIB à la Recherche (4,2%) et la 8ème au niveau européen.

D’ici 2016, 56 000 m2 de nouveaux bâtiments seront construits et 108 000 m2 rénovés pour améliorer les conditions de travail des centaines de milliers de personnes qui forment l’enseignement supérieur en Midi-Pyrénées. De quoi donner un nouvel élan à l’université de Toulouse Midi-Pyrénées et lui permettre d’écrire une nouvelle page de son histoire.





Région Midi-Pyrénées - La résidence universitaire Maryse-Bastié située sur le site du Lycée Renée Bonnet de Toulouse. ©
Nouveau Logis Méridional /
Groupe SNI
La résidence universitaire Maryse-Bastié située sur le site du Lycée Renée Bonnet de Toulouse.
© Nouveau Logis Méridional / Groupe SNI

3759 logements rénovés ou construits en 10 ans

La Région Midi-Pyrénées finance la réhabilitation et les constructions de logements étudiants. Depuis 2000, elle a accompagné la rénovation de 2 010 logements et la construction de 1 759 nouveaux logements, à Toulouse mais aussi à Albi, Castres, Figeac…
A cette rentrée, 500 nouveaux logements ont été livrés. Les résidences l’Aérophile et Maryse- Bastier ont été construites sur des terrains mis à disposition par la Région (les lycées H. Boucher et R. Bonnet à Toulouse).









 

Sources principales :
  • « Et Toulouse pour apprendre : sept siècles d’histoire de l’université de Toulouse », presses Universitaires du Mirail, 21 euros, 200 pages.
  • « Nouvelle histoire de Toulouse », sous la direction de Michel Taillefer, Privat, 28 euros, 384 pages

Au coeur du plus grand campus d’Europe

Saviez-vous que Midi-Pyrénées fait partie d’un campus universitaire comptant plus d’un demi million d’étudiants ? Si étonnant que cela puisse paraître c’est une réalité depuis que les Régions Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon, et les Communautés de Catalogne et des Iles Baléares ont créé l’Eurocampus en 2009 : 1er en Europe et 7e au niveau mondial, ce campus « géant » est composé d’un réseau de 87 établissements et de 45 000 chercheurs répartis sur les 4 territoires de l’Eurorégion Pyrénées-Méditerranée. Plus d’infos sur : www.eurocampusweb.eu