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Le Plateau de Bel

Région Midi-Pyrénées © Audrey Cerdan
© Audrey Cerdan

À peine élu président du Sénat, Jean-Pierre Bel, second personnage de l’État, est rentré chez lui, en Ariège. « L ’Ariège m’a tant donné », a-t-il dit à la population ariégeoise enthousiaste qui lui disait sa grande fierté.

À Lavelanet dont il fut le maire de 2001 à 2008, il a déposé une rose au pied de la statue de Jean Jaurès. À Foix, il s’est recueilli devant la stèle dédiée aux résistants. Pas de hasard dans ces choix. Quand il naît le 30 décembre 1951, à Lavaur, dans le Tarn, ses parents sont encore marqués par leurs années de maquis dans la Montagne Noire. Il conserve d’ailleurs pieusement la mitraillette Sten de son père.
La fierté. C’était bien sûr le mot que tous les élus ariégeois avaient à la bouche en cette journée de rassemblement quasi familial dans ce Conseil général qu’il connaît bien. Pendant une dizaine d’années, à partir de 1986, sous la houlette de son beau-père, Robert Naudy, alors président du Conseil Général, il y fut chargé des affaires juridiques et de la communication. Mais devant ses amis élus locaux, ce jour-là, il endosse son nouvel habit national : « Plus que d’émotion, c’est de gravité dont je me sens imprégné ».
À 59 ans, Jean-Pierre Bel est au pays pour payer sa dette à ce Sud-Ouest dont il s’est nourri. Aux auteurs du livre « La bataille du Sénat » (Robert Laffont), il raconte sa jeunesse toulousaine et tarbaise : « Mon enfance a été rythmée par l’engagement politique et syndical de ma famille. Mon père a été licencié huit fois. Quand il arrivait dans une société, il montait une section CGT. Nous étions quatre enfants, nous habitions dans la cité ouvrière d’Empalot à Toulouse. Ma mère était syndicaliste dans les PTT. » Sa famille l’envoie au lycée à Tarbes, chez l’oncle René, avocat. « Il était socialiste, beaucoup plus modéré que mon père. Il m’a beaucoup appris, formé intellectuellement. Ma personnalité s’est forgée dans cette dualité  », raconte-t-il.
Bac en poche, Jean- Pierre Bel s’inscrit à la fac de Droit de Toulouse. Il y vit ses premiers engagements politiques auprès des antifranquistes, proches de la Ligue communiste révolutionnaire. En 1978, il abandonne l’Université et l’extrême gauche pour suivre son épouse dans le canton de Quérigut. « Il n’hésitait pas à donner un coup de main pour les foins », se souviennent les 91 habitants de Mijanès dont il fut le maire de 1983 à 1995. Le jour de cette élection il prend sa carte du Parti Socialiste. En 1986 il fait la connaissance de Lionel Jospin. Rencontre fondamentale. Dans le sillage du Premier secrétaire de Parti Socialiste, sa carrière décolle. Jean-Pierre Bel devient président de l’Union régionale Midi-Pyrénées du PS. En 1998, il est élu conseiller général de Lavelanet et sénateur de l’Ariège.
À Paris, il accède aux postes de responsabilité de l’appareil socialiste, secrétaire national aux fédérations puis aux élections. En 2004, il s’empare de la présidence du groupe socialiste sénatorial qui lui ouvre finalement, le 1er octobre 2011, la route du « Plateau », comme les habitués du Palais du Luxembourg appellent cette tribune où siège le président de la Haute Assemblée.
Il s’amuse de la surprise des médias parisiens qui le découvrent tardivement  : « Sur les dix-sept présidents du Sénat, à peine un ou deux étaient véritablement connus. Je ne nourris donc pas de complexe ». L’Ariégeois est monté au Plateau. Dans son discours inaugural, il s’est prononcé pour l’abrogation de la réforme territoriale « qui doit être entièrement repensée », pour une marche en avant de la décentralisation et pour des états-généraux des territoires. La « colère profonde » des territoires sera son combat, ces territoires « stigmatisés, désorientés, peut-être aussi abandonnés face à leurs immenses difficultés ». En conquérant le Sénat, Bel l’Ariégeois leur offre une tribune sur un plateau.